Vanessa DUCHATELLE veut transformer l’éducation en France en plaçant les compétences psychosociales au cœur des apprentissages. À la tête de ScholaVie, elle milite pour former et accompagner les professionnels de l’éducation, autrement. Son objectif n’est pas nouveau. Elle veut offrir à chaque enfant les ressources pour réussir, s’émanciper et mieux vivre en société. Pour y parvenir, elle adopte une approche audacieuse visant à prendre soin de la santé mentale des jeunes, par le biais de leurs enseignants !
Écrit par Hélène HUDRY
Le système éducatif français traverse une crise profonde. Les enseignants manquent de reconnaissance, les enfants souffrent d’un certain climat anxiogène et les inégalités continuent de se creuser. Dans ce contexte tendu, la voix de Vanessa DUCHATELLE tranche par sa conviction et sa clarté. Elle parle d’un changement de paradigme, d’une école redonnant sens, lien et confiance aux élèves tout comme à leurs enseignants.
Elle aborde plus particulièrement un outil incontournable, selon elle : les compétences psychosociales. Son association, ScholaVie, forme aujourd’hui des milliers de professionnels et propose une vision nouvelle, vivante et humaniste de l’éducation.
Aux origines d’un engagement singulier
Vanessa DUCHATELLE se définit d’abord comme une entrepreneure sociale. Pendant ses études, tout comme durant sa vie professionnelle, elle est en quête de projets « impactants ». Elle est ainsi à l’origine, avec d’autres, de la Fondation Volt, dédiée à la transition écologique et sociale. Depuis 2019, elle dirige ScholaVie, association qu’elle a co-fondée avec Laure REYNAUD. Dans ce cadre, leur mission vise à replacer les compétences psychosociales au cœur du parcours de chaque enfant. « Je me suis vraiment très vite passionnée pour l’éducation », confie-t-elle. D’un enthousiasme communicatif, elle n’a de cesse de transmettre, expliquer et ouvrir de nouveaux chemins.
Au départ, rien ne la prédisposait pourtant à travailler en lien étroit avec la psychologie. Économiste statisticienne de formation, elle se contente dans un premier temps d’évaluer les politiques publiques. Puis elle finit par se spécialiser dans le secteur de l’éducation. Ses travaux l’amènent à s’intéresser à la petite enfance, la lecture, la santé mentale, le climat scolaire et les inégalités. Seulement, dans un premier temps, elle ne parvient pas à articuler tous ces sujets entre eux.
James HECKMAN, prix Nobel d’économie, met en avant les compétences psychosociales
Mais tout change quand elle découvre un article du prix Nobel d’économie James HECKMAN. L’économiste y décrit l’impact majeur des compétences psychosociales sur les trajectoires de vie. « En le relisant, je me suis rendu compte qu’il s’agissait vraiment là d’un levier d’action majeur mettant en jeu les différents sujets qui me passionnaient », raconte-t-elle.
Son engagement est aussi connecté à son histoire intime. Elle grandit dans un contexte de maltraitance et elle doit, jeune adulte, entamer un long chemin de résilience. Elle découvre alors ces compétences sans encore en connaître le nom. « J’ai dû alors construire les briques émotionnelles que je n’avais pas encore eu l’occasion de construire, compte tenu de mon enfance compliquée », dit-elle simplement.
Ce vécu explique sa détermination et sa sensibilité, aussi affirmées l’une que l’autre. Il explique aussi la raison pour laquelle elle accorde autant d’importance à la connaissance de soi, à la régulation émotionnelle et au lien social.
ScholaVie : refonder l’éducation par les compétences psychosociales
Pour Vanessa DUCHATELLE, les compétences psychosociales ne sont pas qu’une simple option. Elles constituent au contraire un socle essentiel. Mais, au fait, que recouvrent-elles ? Elles regroupent en réalité plusieurs familles de compétences. Premièrement, on distingue les compétences cognitives liées au fonctionnement du cerveau. Deuxièmement, les compétences émotionnelles permettent de comprendre et réguler les émotions. Enfin, les compétences sociales façonnent notre relation aux autres. Vanessa DUCHATELLE décrit cet ensemble comme « un sac à dos de ressources ». Chaque enfant devrait pouvoir y piocher confiance, esprit critique ou encore capacité à coopérer.
Son analyse s’inscrit dans le long terme. Elle estime que la France est en train de connaître la fin d’un modèle né de la révolution industrielle. Ce modèle était jusqu’à présent uniquement centré sur la compétition, la hiérarchisation entre les savoirs et la pression sur les individus. Or, il montre aujourd’hui ses limites sociales, économiques et environnementales. Les tensions actuelles, la montée de l’anxiété et la prolifération du harcèlement le démontrent à profusion.
Cependant, il existe également une dimension positive à cette crise : la société s’intéresse enfin à la santé mentale, au vivre-ensemble et à la coopération entre les individus. Le tout, dans un contexte de libération de la parole et de mobilisations collectives inédites.
Le lien entre les apprentissages fondamentaux et les compétences psychosociales
Selon Vanessa DUCHATELLE, il est important de comprendre que les apprentissages fondamentaux, d’une part, et les compétences psychosociales, d’autre part, sont intimement liés. « Ils ne relèvent pas d’univers distincts ». Lire, écrire et compter demeurent la base à partir de laquelle les enfants développent leur confiance en eux. Cette confiance nouvellement acquise, lorsqu’elle se mêle à des émotions positives, devient une clé pour leur réussite scolaire. Parmi ces dernières, notre interlocutrice cite maîtrise du stress, capacité de concentration et facilité à demander de l’aide.
Notre interlocutrice utilise une métaphore simple : les enfants ont besoin de pouvoir s’appuyer sur ces deux jambes : les savoirs fondamentaux et les compétences psychosociales. Car marcher sur une seule de ces jambes leur est impossible.
Compétences psychosociales et effort collectif
La prise en compte des compétences psychosociales appelle selon elle un effort collectif. Il faut travailler ensemble, partager les connaissances et mutualiser ces outils. Cette optique coopérative est au cœur de la démarche de ScholaVie.
Ce constat l’a poussée en 2024 à rejoindre Ashoka, le réseau mondial d’entrepreneurs sociaux. En parallèle, Vanessa DUCHATELLE cofonde un collectif réunissant seize structures engagées sur la problématique des compétences psychosociales. Son objectif consiste à rendre visible, lisible et accessible ce réseau cohérent d’acteurs capables de faire changer durablement l’éducation.

Former ceux qui forment : la méthode ScholaVie
ScholaVie ne travaille pas directement avec les enfants. En revanche, l’association accompagne les professionnels de l’éducation, car leur rôle en tant que modèles est déterminant. Les travaux de recherche indiquent qu’un enseignant détermine à lui seul près de 30 % de la trajectoire de ses élèves. « Notre travail n’a de sens que s’il répond aux besoins des professionnels », explique-t-elle. L’association collabore ainsi avec 23 académies. Elle dispose en outre de plusieurs agréments et a ainsi formé 18.000 professionnels depuis sa fondation.
Ses interventions se déclinent selon plusieurs formats. Les formations sur le terrain permettent de travailler en équipes et de créer une dynamique durable. Les formateurs se déplacent dans les établissements, animent des ateliers, des conférences ou des journées de formation. L’association intervient aussi dans les masters, les INSPE (Instituts Nationaux Supérieurs du Professorat et de l’Éducation), ou encore dans le cadre de la formation continue des professeurs.
À lire également : Diminuer le temps d’écran des jeunes : une urgence en milieu scolaire ! (NoPhone).
ScholaVie : une offre de formation complète et adaptée
Lorsque la formation en présentiel n’est pas possible, les enseignants ont toujours la possibilité de suivre des parcours en e-learning. D’une durée de trente minutes, chacun des vingt-huit modules propose à l’enseignant une compétence à travailler basée sur le référentiel de Santé publique France. Chaque parcours mêle théorie et pratique. L’objectif est simple : que l’enseignant ferme son ordinateur avec le sentiment d’avoir acquis de nouvelles idées, faciles à mettre en œuvre en classe dès le lendemain.
ScholaVie propose aussi des webinaires d’une heure et demie, toutes les deux semaines. De même que pour le e-learning, chaque session explore une compétence. Une centaine de professionnels de l’éducation s’y connectent en moyenne. Enfin, l’association offre des outils pédagogiques gratuits à télécharger. Ces outils papier-crayon, en quatre pages, permettent de travailler des notions simples en quinze à vingt minutes. Il peut s’agir d’un jeu pour découvrir ses forces, d’un exercice de pause attentionnelle ou d’une activité pour renforcer le lien dans la classe.
Toute cette offre est gratuite. Seul un email est nécessaire pour accéder aux contenus. Afin d’enrichir leur CV, les enseignants ont toujours la possibilité de demander à ScholaVie une attestation. Même si l’autoformation n’est pas encore reconnue officiellement par l’institution.
La vision d’avenir de ScholaVie : vers une école qui prend soin
Vanessa DUCHATELLE reçoit des retours très positifs du terrain. Les professionnels sont plus de 90 % à se déclarer satisfaits des formations dispensées par ScholaVie. Beaucoup décrivent un changement profond dans leur manière d’enseigner. Ils constatent aussi une amélioration du bien-être et du climat scolaire. Certains évoquent même un soulagement personnel. Ces témoignages confirment la pertinence du projet et l’importance de « prendre soin de ceux qui prennent soin », résume-t-elle.
Son regard se porte désormais sur les prochaines étapes. Elle souhaite intégrer les compétences psychosociales dans le recrutement et la formation initiale. De même, elle milite en faveur de programmes allégés, adaptés aux besoins des enfants et aux réalités des classes.
Appelant de ses vœux un consensus dépassant les alternances politiques, elle souhaite offrir à l’école une perspective stabilisée de long terme. Elle a bien conscience du fait que la transformation ne peut être que le fruit d’un effort collectif. Elle sait aussi que le chemin restant à parcourir est encore long. Mais elle avance avec constance, guidée par la conviction que l’éducation peut redevenir un lieu de joie, de confiance et d’émancipation.
Plus d’informations en cliquant ici.
ScholaVie : Vanessa DUCHATELLE explique la mission de son association, consistant à placer les compétences psychosociales au cœur des apprentissages. Photo et Vidéo : (c) LaTDI. Musique : (c) ES_Hope and Cheer – William Claeson.

