Le trouble de la personnalité borderline touche entre 1 et 2% de la population française. Il se caractérise par des émotions fortes très envahissantes que les patients ont du mal à canaliser. Environ deux tiers des personnes concernées se retrouvent à devoir séjourner à l’hôpital, à un moment donné de leur vie. Cependant, selon le Dr Charline MAGNIN, il est possible d’en guérir ! Notamment en comprenant les mécanismes à l’œuvre dans le développement de ce trouble…
Charline MAGNIN, psychiatre nouvellement installée en Bretagne, débute sa carrière aux Hospices Civils de Lyon. Elle y développe avec une collègue psychologue un hôpital de jour dédié au trouble de la personnalité borderline. « Nous prenions en charge des patients déjà diagnostiqués pour leur proposer un parcours spécifique de soins en psychothérapie ».
Les caractéristiques du trouble borderline
Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux définit le trouble borderline de la personnalité selon des critères bien précis. Les patients ressentent des émotions « intenses et labiles, à l’image de montagnes russes ». Leurs relations aux autres en deviennent instables et difficiles à maintenir. « Cette instabilité peut se ressentir au sein du couple, de la famille ou entre amis ».
Certains patients peuvent souffrir de comportements auto-dommageables comme les conduites suicidaires et les scarifications. La peur de l’abandon y est associée. Il peut y avoir des crises de colère avec des pensées d’exclusion n’ayant plus rien à voir avec la réalité. « Ce sont des symptômes paranoïaques transitoires. Cela va d’une méfiance excessive, à des interprétations erronées et autre tendance à voir le mal partout. Cette liste de symptômes est utilisée lors du diagnostic. Mais, en psychoéducation, nous préférons expliquer aux patients comment le trouble fonctionne ».
Les deux grandes théories du trouble borderline
La psychologue américaine Marsha LINEHAN a mis au centre de sa théorie la dysrégulation émotionnelle. Ce déséquilibre explique les crises de colère, l’instabilité dans les relations, tout comme les gestes auto-dommageables. « Les patients se décrivent comme dans un état émotionnel intense, douloureux. Selon eux, ces gestes permettent de les soulager ». Cependant, en plus de les mettre en danger, ces actes alimentent la culpabilité et donc la baisse d’estime de soi. Cela entraîne un effet boule de neige et amène de nouvelles émotions négatives.
John GUNDERSON met, quant à lui, l’hypersensibilité interpersonnelle au centre du trouble. La peur de l’abandon crée une sensibilité exacerbée dans le lien à l’autre. Le patient s’attend en permanence à être quitté. Cela génère une surinterprétation de tous les signes de rupture.
Comment s’en sortir en améliorant l’insight ?
Le trouble est diagnostiqué à l’âge adulte mais les symptômes peuvent se développer dès l’enfance. Un tempérament plus ou moins affirmé peut avoir des facteurs génétiques, comme dans les cas de l’impulsivité ou de la sensibilité. Mais le trouble ne se développe que si la personne n’apprend pas à accueillir et à réguler ses propres émotions de manière fonctionnelle.
Ainsi, si l’enfant n’a jamais appris à valider ses émotions, cela le fait souffrir. L’insight, la capacité à avoir conscience de ses troubles, est un premier pas vers la guérison. Plus le patient prend conscience de ses troubles, plus il deviendra à même de les gérer tout en évoluant positivement. Si au contraire, « on pense que tout est normal, quel est l’intérêt d’aller voir le médecin ? »
Le diagnostic du trouble borderline, premier pas vers la guérison
Le trouble borderline se construit donc dans le temps, ce que le monde médical a fini par reconnaître. « Auparavant, on considérait que le diagnostic ne pouvait se poser qu’à l’âge adulte. Aujourd’hui, les spécialistes reviennent sur cette position et le diagnostic peut se poser beaucoup plus tôt. Ou du moins, il peut être suspecté pour une prise en charge adaptée, concernant notamment la dysrégulation émotionnelle, dès l’apparition des premiers signes ».
Charline MAGNIN poursuit : « Je ne vois pas le diagnostic comme une finalité mais comme un point de départ. Si un fonctionnement émotionnel fait souffrir, que cela soit lors d’une adolescence difficile ou en raison d’un trouble borderline, il vaut mieux traiter de suite les symptômes, faire de la prévention, plutôt que d’attendre que le trouble ne se développe ».
La thérapie comportementale dialectique
La psychologue américaine Marsha LINEHAN souffrait elle-même de trouble borderline. Après avoir expérimenté plusieurs thérapies qu’elle trouvait incomplètes, elle met au point la thérapie comportementale dialectique. Cette dernière se pratique de manière individuelle et collective à travers des groupes d’entraînement aux compétences.
L’apprentissage se fait dans quatre grand domaines : la régulation des émotions, la tolérance à la détresse, les relations interpersonnelles et la pleine conscience. « J’aime beaucoup la profondeur philosophique de la thérapie dialectique. Cette dernière se fonde sur l’idée de réunir les opposés car le trouble borderline fonctionne souvent sur le « tout ou rien » ».
La thérapie des schémas et la mentalisation
La thérapie des schémas a été développée par le psychologue américain Jeffrey YOUNG. Elle repose sur notre connaissance du monde se construisant dès l’enfance à travers nos expériences ainsi que les interactions avec notre environnement. Si ce rapport au réel est dysfonctionnel, parfois trop rigide, des schémas de répétition apparaissent alors. « Par exemple, si une personne a connu des situations de violence durant son enfance, elle est susceptible de les répéter inconsciemment en rencontrant des personnes violentes à l’âge adulte ».
La mentalisation est une thérapie individuelle où l’on apprend à mentaliser sa façon d’entrer en lien avec l’autre, en réfléchissant à ses états intérieurs. Puisque le trouble borderline se caractérise par des relations dysfonctionnelles, l’interaction avec le thérapeute permet au patient de prendre conscience de son fonctionnement, tout en l’améliorant.

Le programme CARE
Avec l’aide de ses collègues, Charline MAGNIN a développé un programme de soins, « CARE », à l’hôpital Edouard Herriot de Lyon. Au sein du service de psychiatrie des urgences, les patients ont la possibilité d’intégrer un dispositif fondé sur la thérapie comportementale dialectique. « Le premier module apprend à gérer concrètement les moments de crise intenses afin de prévenir la récidive suicidaire ».
Le second module a pour but d’identifier et de comprendre les émotions afin de mieux les réguler. « Pour y parvenir, il faut d’abord écouter son émotion et identifier la raison de son apparition. Elle porte un message en elle si bien que, lorsque le patient parvient à le décrypter, son intensité baisse ». Le troisième module est consacré à l’efficacité interpersonnelle. « Nous ne donnons pas de recettes de communication. Nous encourageons au contraire les patients à s’appuyer sur leurs valeurs, pour qu’ils donnent un sens à leurs gestes ».
L’auto-stigmatisation, frein à la vie et à la guérison
Comprendre son propre fonctionnement et sa manière d’agir permet également au patient de regagner en confiance et de diminuer sa propension à l’auto-stigmatisation. « La stigmatisation repose sur le fait d’associer des signes extérieurs à la maladie mentale. Et l’auto-stigmatisation consiste à se caractériser soi-même à travers ces stéréotypes ».
Prenons par exemple une personne souffrant de trouble mental. Elle aura tendance, suivant les circonstances, à se considérer comme dangereuse. Et ce raisonnement va empoisonner son quotidien, car cette personne ne se pensera pas digne d’être aimée, de fonder une famille ou de travailler. De plus, elle essaiera de cacher son trouble par peur du rejet.
À lire également : Autisme : valoriser des talents uniques, pour eux, pour nous.
L’influence des proches dans le chemin vers la guérison
L’association « Connexions familiales » a été créée par et pour des parents. Elle propose un module de formation aux familles, dans le prolongement du programme CARE. Des parents animent des sessions en aidant les participants à développer des stratégies de validation de leurs émotions. « Une émotion, quelle qu’elle soit, est toujours valide. Il s’agit en réalité d’un automatisme qui prend quelques microsecondes à se déclencher dans le cerveau. Il s’agit alors de déplacer le jugement qui doit porter non plus sur l’émotion en elle-même, mais sur les conséquences de cette émotion ».
« Si le parent ne comprend pas l’émotion de son enfant, ce dernier ne pourra pas changer son comportement. Cela se fera peut-être via des punitions, mais l’enfant n’en intégrera pas la raison. Il se sentira fautif et cela viendra alimenter l’auto-stigmatisation ». Le parent doit donc apprendre à changer son positionnement pour venir en aide à son enfant, de façon la plus efficace possible.
Plus d’informations en cliquant ici.
Le trouble de la personnalité borderline stigmatise et enferme les patients dans une spirale auto-destructrice. Mais ce trouble peut être intégralement guéri grâce à la thérapie ! Le Dr Charline MAGNIN nous explique comment il se met en place, et comment il est possible d’en venir à bout. Photo : (c) Charline MAGNIN. Vidéo : (c) LaTDI.

