Guide de l'Ecopuériculture

Claire ROYER, la voix qui bouscule la puériculture française (Collectif Je Suis Infirmière Puéricultrice)

Claire ROYER, infirmière puéricultrice, nous rappelle le rôle crucial de la puériculture pour le développement harmonieux des enfants. Explorons avec elle les défis auxquels sa profession est soumise et les pistes qu’elle suggère pour la revaloriser, avec son collectif Je Suis Infirmière Puéricultrice… Parmi les changements qu’elle souhaite impulser : « l’écopuériculture ».

Infirmière puéricultrice, Claire ROYER DE LA BASTIE obtient son diplôme d’infirmière en 2007. Après avoir obtenu une spécialisation en puériculture en 2017, elle travaille à l’hôpital dans les services pédiatriques jusqu’en 2021, avant d’exercer à présent en libéral. Selon elle, « la qualité des soins apportés à l’enfant repose sur ces professionnelles spécifiquement formées ». Elle rappelle ainsi que la formation initiale d’infirmière commence par un « socle commun » de trois ans, auxquels vient s’ajouter une année de spécialisation pour les puéricultrices.

À chaque enfant, sa puéricultrice !

Claire ROYER intervient d’abord en milieu hospitalier, plus particulièrement en pédiatrie, chirurgie pédiatrique et santé mentale. Puis, dans le secteur extra‑hospitalier, elle s’engage dans le cadre de la Protection Maternelle et Infantile (PMI). Elle participe également à la formation des auxiliaires de puériculture et des puéricultrices elles-mêmes dans les centres de PMI. Elle met ainsi ses compétences au service des établissements d’accueil pour jeunes enfants, comme directrice ou référente santé accueil inclusif. Enfin, elle travaille auprès d’enfants en situation de handicap, au sein des IME ou des centres médico‑infantiles.

Comme elle le souligne, l’exercice libéral se développe aussi pour les infirmières puéricultrices. Par ailleurs, de nombreuses infirmières de l’Éducation nationale sont également puéricultrices, bien que leur spécialité soit invisibilisée, faute d’inscription statutaire. La conviction de Claire ROYER est claire : « Là où il y a un enfant, il doit y avoir une puéricultrice ».

La formation des puéricultrices leur permet de suivre le développement psychomoteur des jeunes entre 0 et 18 ans. En EAJE, elles se concentrent sur les 0-3 ans (période dite des « mille premiers jours ») et en PMI, sur les 0-6 ans. À l’hôpital, dans le domaine de la santé mentale ou dans le cadre de l’Éducation nationale, elles interviennent auprès d’un large public de jeunes dont les plus âgés peuvent avoir 18 ans.

La puériculture, expertise essentielle

Selon Claire ROYER, la visibilité des infirmières puéricultrices doit s’accroître. En effet, elles agissent sur l’ensemble du continuum de santé de l’enfant. Cela va de la prévention au curatif, englobant les problématiques de vaccination, l’information parentale et les soins techniques. Notre interlocutrice rappelle que les puéricultrices agissent en réelle autonomie, notamment en matières de coordination, repérage et dépistage des problèmes de santé de l’enfant. Toutefois, cette autonomie demeure encore peu reconnue. Or, notre société a tendance à reconsidérer la place de l’enfant et de celles qui s’en occupent. En effet, un enfant requiert une expertise spécifique qu’une formation généraliste ne permet pas d’acquérir.

Claire ROYER relie l’invisibilisation du métier de puéricultrice à l’histoire des métiers du soin. Ce sont des professions largement féminines et traditionnellement sous-valorisées. Ainsi, on y attache un imaginaire caritatif où s’occuper des enfants serait naturel et gratuit. Pour remédier à cette situation, il est nécessaire que les professionnelles prennent la parole pour défendre leur mission et en rappeler la valeur.

Pour une juste rémunération des puéricultrices !

Claire ROYER insiste en particulier sur une nécessaire revalorisation salariale et propose de reconnaître et de rémunérer spécifiquement le soin pédiatrique.  Aujourd’hui, les actes des infirmières puéricultrices sont cotés de la même façon que les soins généraux donnés aux adultes. Or, la prise en soin pédiatrique demande plus de temps, car elle implique d’instaurer une relation de confiance avec l’enfant et ses parents. Et cela nécessite des postures professionnelles adaptées qui ne s’improvisent pas !

Claire ROYER déplore par conséquent la non-reconnaissance de la spécialité des infirmières puéricultrices, malgré l’année supplémentaire de formation qu’elle requiert. En effet, en matière de suivi global, d’environnement et de soutien à la parentalité, la puéricultrice possède une expertise spécifique et complémentaire de celle du médecin.

Écopuériculture : prendre soin de son enfant, prendre soin de la planète

En outre, Claire ROYER milite en faveur de l’écopuériculture, davantage en phase avec les préoccupations écologiques contemporaines. Il s’agit d’une démarche reliant la santé de l’enfant à celle de la planète. L’écopuériculture s’inscrit ainsi dans l’esprit One Health (une seule santé). Dans ce cadre de pensée, protéger l’environnement revient à protéger les individus, et vice-versa. Ce cercle vertueux vise à réduire l’obésité, l’asthme, les allergies ainsi que les cancers pédiatriques. Cela permet en retour de limiter le recours aux soins curatifs, et donc de réduire l’empreinte climatique du secteur de la santé.

Au quotidien, l’écopuériculture privilégie la prévention et la sobriété et elle informe sur les besoins réels des tout-petits. Le but est d’encourager des choix simples et utiles, pour éviter la surconsommation, notamment de produits cosmétiques. Comme le rappelle Claire ROYER, un enfant n’a pas besoin de cosmétiques. Au contraire, ces derniers ne font qu’altérer sa peau fine, véritable barrière naturelle contre les agressions externes. Il faut donc éviter de le baigner trop souvent, en vue de réduire irritations et expositions. En outre, elle conseille de ne pas repeindre la chambre de bébé juste avant son arrivée. Elle préconise plutôt d’anticiper, d’aérer et de choisir des aménagements sobres pour limiter la pollution intérieure.

Loin de prôner un retour en arrière, l’écopuériculture favorise la transition vers une moindre consommation, dans un cadre cohérent. « Il convient de recentrer l’énergie parentale sur l’essentiel : donner du temps à son enfant ».

Puériculture
Collectif Je Suis Infirmière Puéricultrice. Illustration : (c) Caroline Couppey alias Carotte et moutards.

Mille premiers jours : guider et protéger les parents

Les nouveaux parents ont besoin d’une information fiable, susceptible de leur apporter une réassurance constante. Malheureusement, force est de constater que les mille premiers jours de leur enfant deviennent un marché saturé en coachs en parentalité à la formation incertaine. Il est donc fondamental pour les parents de pouvoir compter sur des professionnelles de santé légitimes, formées et contrôlées. Seules ces dernières peuvent leur offrir une information de qualité.

C’est la raison pour laquelle le collectif Je Suis Infirmière Puéricultrice a sorti en 2024 un Guide de l’Écopuériculture pour redonner aux parents le pouvoir d’agir et de discernement face au flot d’informations parfois contradictoires. Il faut prendre conscience que les infirmières puéricultrices offrent une alternative tout à fait valable, dans le cadre de la PMI, par exemple. Là, les parents pourront trouver écoute et conseils qualitatifs et gratuits !

Mettre l’hôpital à l’heure de l’écologie

Plus généralement, Claire ROYER observe que l’écoconception doit aussi s’imposer à l’hôpital. Dans ce dernier, pansements, emballages et dispositifs à usage unique sont pléthore ! Or, pour éliminer tous ces déchets médicaux, de fortes émissions de gaz à effet de serre sont nécessaires !

L’industrie des produits de santé devient ainsi un contributeur majeur de gaz à effets de serre, aux côtés de l’industrie lourde ! Pour changer nos habitudes, Claire ROYER renvoie au Guide de l’Écopuériculture. Destiné aux familles, parents et professionnels de santé, il vise à provoquer une prise de conscience ! Ainsi, les personnels de santé, habitués au jetable, deviennent à même de réaliser l’impact de chacun de leurs gestes.

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Pour un cadre national cohérent en matière de puériculture !

L’usage des produits ménagers est aussi un point traité par le Guide de l’Écopuériculture. Les professionnelles de la petite enfance et les enfants sont exposées à des substances toxiques. Les enfants en souffrent le plus, car ils sont au ras du sol et peuvent être contaminés par les résidus toxiques de produits ménagers lorsqu’ils portent les mains à la bouche.

En tant que présidente du Conseil National Professionnel (CNP) des infirmières puéricultrices / infirmiers puériculteurs depuis 2023, Claire ROYER plaide pour la mise en place d’un cadre national cohérent. Elle souhaite instaurer un DPC (développement professionnel continu) réellement structurant, tout en réclamant la réingénierie du diplôme de puéricultrice, inchangé depuis 1983. Malheureusement, malgré les annonces faites aux Assises de la pédiatrie de 2024, les aléas politiques n’ont toujours pas permis au dossier d’avancer…

Plus d’informations en cliquant ici.

Les enjeux auxquels font face les infirmière puéricultrices, selon Claire ROYER (Collectif Je Suis Infirmière Puéricultrice). Vidéo et photo : (c) LaTDI. Musique : (c) ES_Row, Row, Row Your Boat (Music Box Version) – John B. Lund.

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