Munich, 22 février 1943 : Hans et Sophie SCHOLL meurent sous la guillotine, mais leur combat, lui, ne fait que commencer. De l’Allemagne à la Norvège, de Londres aux États-Unis, en passant par la France, le message de la Rose Blanche franchit les frontières terrestres et temporelles : refuser la dictature !
De notre envoyé spécial à Munich
Nous continuons note discussion avec le Dr. Hildegard KRONAWITTER, en abordant cette fois les répercussions des tracts de la Rose Blanche. En Allemagne et dans le monde ; hier et aujourd’hui.
La naissance de la légende de la Rose Blanche
Après la guerre, Hans et Sophie SCHOLL sont devenus un symbole. Pourtant, bien d’autres personnes ont animé de petits groupes de résistance. Ces personnes relevaient des milieux sociaux-démocrates, communistes, religieux ou encore militaire. Ce fut le cas du comte Claus Schenk von STAUFFENBERG, à l’origine de l’attentat contre HITLER du 20 juillet 1944
Pourquoi alors l’Histoire a-t-elle surtout retenu Hans et Sophie SCHOLL ? Comment le mouvement dit de la « Rose Blanche » a-t-il fini par incarner la résistance intérieure au régime nazi ? Selon Hildegard KRONAWITTER, plusieurs facteurs permettent de l’expliquer.
Premièrement, Sophie et Hans SCHOLL ont laissé de très nombreux témoignages permettant de comprendre ce qu’ils pensaient, au plus profond de leur être. À travers leurs écrits, le public a pu accéder à leur intimité. Nous connaissons les raisons pour lesquelles ils se sont indignés. Ils se sont notamment insurgés contre une guerre destructrice, mortifère et inutile, car perdue d’avance. Par la suite, au cours des années 1950, on s’est mis à admirer la force morale incroyable se dégageant de leurs vibrants appels pour que le peuple allemand reprenne sa liberté.
La force morale inébranlable de la Rose Blanche
Deuxièmement, la personnalité de Sophie SCHOLL se prête assez bien au statut d’icône de la résistance qu’elle a acquis depuis les faits qui l’on rendue célèbre. Comme le rappelle Hildegard KRONAWITTER, « c’était une jeune femme remarquable. Il émane de sa personne une force si grande, qu’elle suscite immédiatement la sympathie. Elle avait de nombreux talents : intelligente, elle dessinait très bien. Peut-être serait-elle devenue une grande artiste… Ces qualités s’alliaient à une fermeté sans pareil. Jusqu’au bout, elle a défendu sa position critique vis-à-vis du régime, sans la moindre once de lâcheté ! »
Troisièmement, la résistance incarnée par la Rose Blanche était non violente. Avec son aspiration à la liberté, son appel au soulèvement de la conscience, elle a pu toucher et rassembler un très grand nombre de personnes qui se sont reconnues dans ce message.
Quatrièmement, les compagnons de résistance ainsi que les membres survivants de la famille SCHOLL se sont très rapidement mobilisés pour que le groupe ne tombe pas dans l’oubli. Ainsi, la Süddeutsche Zeitung, grand journal à audience nationale, n’a reçu l’autorisation de paraître qu’en octobre 1945. Or, dix jours plus tard seulement, ce journal consacre déjà un grand article au soulèvement étudiant de la « Weiße Rose », même si ce terme n’a servi à désigner la résistance des SCHOLL qu’après-coup. C’est en effet Inge SCHOLL qui, avec son best-seller éponyme paru en 1952, a popularisé le nom de « Rose Blanche ».
Répercussions de l’acte de résistance de Hans et Sophie SCHOLL à l’étranger…
Aujourd’hui, le nom de la Weiße Rose dépasse largement les frontières de l’Allemagne. L’incroyable acte de bravoure des frère et sœur SCHOLL et de leurs camarades est désormais connu dans le monde entier. Leur sixième tract est ainsi envoyé dès sa parution à Berlin par Helmuth James von MOLTKE, figure majeure de la résistance allemande au nazisme. Il écrit un rapport de six pages à propos de la « Rose Blanche », qu’il emporte avec lui en Norvège. Or, MOLTKE se trouve être en contact avec un évêque norvégien, lui-même lié aux milieux de la résistance locale. C’est ainsi que le tract est bientôt repris et publié pour la toute première fois dans un journal clandestin ouvrier norvégien.
Le tract voyage voyage ensuite jusqu’à Londres, où il est présenté à CHURCHILL, avant que ce dernier ne l’envoie aux États-Unis. Là-bas, les écrits de la Rose Blanche suscitent un vif intérêt, notamment auprès des exilés allemands. MOLKTE espérait ainsi que CHURCHILL et ROOSEVELT se rendraient compte de l’existence de mouvements de résistance en Allemagne même. Et cette résistance avait besoin de leur soutien !
Ce fut d’ailleurs le cas, puisque CHURCHILL finit par ordonner la réimpression et le largage au-dessus des villes allemandes de ce tract par la Royal Air Force britannique.

… et au sein de la Résistance française aussi !
En Franche, le résistant Joseph ROVAN reconnaît l’un des siens parmi les membres de la Rose Blanche, en la personne de Christoph PROBST. D’origine juive allemande, ROVAN avait pris la nationalité française avant de s’engager dans la Résistance.
Dans son autobiographie, il décrit le moment où il apprend par la BBC qu’à Munich, les SCHOLL et Christoph PROBST ont été condamnés à mort puis exécutés. Il écrit alors : « Je savais que c’était mon Christoph. » En effet, alors qu’il était encore enfant, il avait connu et fréquenté Christoph PROBST, qui se trouvait être son cousin ! Il partage cette information avec les membres de son groupe de Résistants. Tous prennent alors conscience que « le combat que nous menons est, en réalité, un combat européen. »
À lire également : Hans et Sophie SCHOLL et la Rose Blanche : l’histoire du soulèvement d’un groupe de jeunes étudiants à Munich (1942-43).
Hans et Sophie SCHOLL, attachés à la liberté et à la démocratie, même au prix du sacrifice ultime !
Aujourd’hui, le grand public est encore touché par ces événements historiques et, en même temps, il en tire une conclusion pour notre époque. Il réalise ainsi que ce que signifient concrètement « s’engager pour la démocratie » ou encore « assumer ses responsabilités ». Bien sûr, la popularité actuelle de la Rose Blanche provient également du fait que l’histoire de ces jeunes gens suscite naturellement la sympathie.
Pour Hildegard KRONAWITTER, le rôle de la Weiße Rose est aujourd’hui encore fondamental, en termes d’éducation comme de transmission. L’histoire de ce mouvement fait comprendre aux jeunes générations à quel point il est nécessaire de résister aux régimes dictatoriaux ! Il sert également à faire comprendre que la défense des valeurs démocratiques incombe à chacun et chacune d’entre nous.
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Image en début d’article : Werner et Sophie SCHOLL, photo prise par Hans SCHOLL, domaine public, via Wikimedia Commons.
Munich, 1942 : révoltés par la guerre d’anéantissement menée à l’Est et la mise au pas de la société allemande, une poignée d’étudiants réunis autour de Hans et Sophie SCHOLL décide de défier HITLER avec une arme apparemment dérisoire : des tracts ! Hildegard KRONAWITTER, directrice de la Fondation de la Rose Blanche, raconte… Photo : © Weiße Rose Stiftung e.V., München. Vidéo : © LaTDI. Illustrations musicales : © ES_A Simple No – Vincent & A Secret.


